La tournée internationale de la grande chanteuse du Cap Vert Carmen souza est passée par Guéret le 24 mars. elle a offert au public creusois une prestation ensoleillée, chaleureuse, teintée de jazz et de sonorité capverdienne. Quelques minutes avant le concert, nous avons eu la chance de nous entretenir avec elle.
Entretien.
Bonjour et bienvenue en Creuse. Connaissiez-vous cette région avant aujourd’hui ?
C’est ma première fois à Guéret. je m’y suis promenée cet après-midi et C’est une ville très silencieuse qui a son propre rythme. Je vis entre Londres et Lisbonne et ces deux villes sont folles avec beaucoup de gens, beaucoup de trafic, beaucoup de bruit. venir ici, dans un endroit aussi calme, j’ai trouvé ça incroyable !

Carmen Souza, quelques minutes avant son concert ©Merwann Abboud
Quel type de musique écoutez-vous ?
Beaucoup de choses différentes. J’écoute beaucoup de musique lusophone, de la musique du Brésil, du Cap-Vert, bien sûr, de l’Angola. J’écoute aussi beaucoup de musique de jazz, notamment du jazz ancien. En terme de musique mainstream, il y a cette magnifique chanteuse, Olivia Dean. j’ai trouvé sa musique intéressante parce que c’est de la musique pop, mais avec une section A, une section B, une section C. Sa musique revient à une structure, au lieu de juste un beat et une mélodie. En plus, elle a une histoire à raconter, donc c’est intéressant.
Comment votre enfance, partagée entre le gospel à Lisbonne et l’héritage capverdien de vos parents, a-t-elle façonné cette alchimie unique entre spiritualité et rythmes créoles ?
Depuis très petite, je suis très curieuse de la musique. À l’époque, j’en écoutais beaucoup à la radio, à l’église ou à la maison. mes parents écoutaient de la musique traditionnelle capverdienne. Et je les mélangeais dans ma tête. Mais ce n’était pas vraiment conscient. C’est seulement plus tard quand j’ai commencé à travailler sur ma musique que tout ça est ressorti. Parce que même la façon dont je chante exprime ces influences. mon père avait des anciens enregistrements de musique capverdienne totalement instrumentale Et je chantais sur ces mélodies. Ça a formé ma voix. même maintenant, je suis toujours plus attirée par la musique jazz instrumentale parce que c’est ma référence.
Que gardes-tu du gospel de tes débuts ?
Le ressenti, l’émotion. C’est très intense. Et bien sûr, le message. Parce que, en chantant à l’église, j’ai grandi en écoutant le message de Dieu, de l’espoir, d’être gentil envers son prochain. C’est ce que je porte avec moi. Parce que chaque dimanche, mes parents m’amenaient à l’église et j’écoutais ces histoires.
Comment est-ce de toujours jouer avec celui qui t’a découverte, Theo Pascal ?
Ça fait plus de 20 ans qu’on joue ensemble. On continue de faire de la musique et c’est vraiment intéressant parce qu’on a toujours la même façon de procéder depuis le premier album. Il vient avec une ligne, je viens avec une autre, on les réunit et on commence à construire des chansons. Actuellement on travaille sur le 13ème album et on continue à se découvrir nous-mêmes et découvrir de nouvelles choses sur la musique. On est toujours curieux de voir où ça va nous emmener.

Carmen Souza ©Patricia Pascal
Comment avez-vous réussi à garder cette énergie de créer ensemble ? Quel est le secret ?
Je pense que le secret c’est vraiment l’amour que nous avons pour la musique et nos instruments et le respect que nous avons pour le talent de l’autre et pour ce très beau partenariat. Je pense aussi que le fait que nous faisions des concerts partout en Europe, aux États-Unis, en Asie, en Australie, nous donne la reconnaissance, c’est tout ce qu’un musicien veut : Partager la musique avec les gens, puis retourner créer et partager de nouveau. quand tu partages, tu reçois aussi. j’espère qu’on va le faire encore vingt fois et j’espère que ça va marcher.
Vous interprétez des standards de jazz ainsi que des titres comme Sodade ou Sous le ciel de Paris. Quel est votre critère pour choisir un standard occidental et le « créoliser » sans trahir son essence originale ?
Quand vous prenez une chanson par exemple comme Sous le ciel de Paris ou n’importe quelle autre chanson, si vous allez la chanter ou la performer, vous devez vous l’approprier, vous mettez votre histoire dedans et c’est ainsi que Sous le ciel de Paris a fait un petit voyage au Cape Vert.
Qu’apporte la performance live que le studio ne peut capturer ?
Une connexion, le partage d’énergie. c’est tellement différent d’une performance à l’autre parce que les salles sont différentes, les gens sont différents et j’aime vraiment voir les gens sourires et tout le feed-back qu’ils me donnent à la fin du concert. C’est vraiment une chose magnifique à expérimenter parce que quand vous êtes dans votre studio à composer de la musique et ensuite vous la montrez à différents publics partout et que les gens ressentent la chaleur, c’est magique. ils ressentent tellement de choses différentes c’est tellement incroyable ! La musique est si universelle et si large qu’elle se connecte instantanément ! en plus, je chante en créole et la plupart des gens ne comprennent pas ce que je chante, mais la musique touche profondément.
Après avoir exploré le jazz contemporain, le gospel et les racines capverdiennes, etc., existe-t-il un genre musical ou une collaboration inattendue que vous souhaiteriez explorer dans un futur projet ?
La musique est tellement intime qu’elle doit faire sens en termes de musique, en termes d’identité. J’aime la musique du Brésil, je dis toujours que j’aimerais passer du temps là-bas pour apprendre leur musique. ils sont tellement avancés harmoniquement et rythmiquement. J’aime aussi les tangos d’Argentine, ils donnent un sentiment si intense dans la musique, c’est magnifique. J’aimerais explorer plus la musique lusophone, la musique d’Angola, de Guinée-Bissau, du Mozambique. Il y a tellement de musiques magnifiques dans le monde.
Quel est le meilleur souvenir de votre carrière à ce jour ?
Il y a tellement de bons moments. J’ai reçu une médaille du gouvernement du Cape Vert comme une reconnaissance du travail que j’ai fait, c’est un très beau souvenir. Mais je n’ai pas fait tout ça toute seule, il y a mon manager, Patricia Pascal, elle est avec moi depuis le début comme Théo. J’ai une équipe qui a travaillé sans perdre l’espoir et qui a continué de pousser parce que c’est un marché difficile à gérer, il y a tellement de musique dans le monde. Nous avons toujours dit que la musique c’est croire en ce que vous ne voyez pas, nous avons toujours pris cela comme un leitmotiv pour le travail que nous faisons.
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