En marge de la résidence et de la représentation du jeudi 6 octobre, nous avons eu la chance de rencontrer Charles-Eric Petit, auteur et metteur en scène de « Bestiaux ! (inside soccer) ».
Comment est né « Bestiaux ! (inside soccer) » ?
C’est un projet un peu singulier parce qu’il se trouve que les deux protagonistes, Yann Synaeghel et Yannick Berthélémé, qui sont des vieux copains, m’avaient passé commande et voulaient que je prenne en charge le récit de leur vie. Ça faisait un moment qu’ils avaient cette envie de transmettre leur aventure et leur histoire. Il y a 4 ans, ça a été mis en route. Entre temps, Arnaud bichon, un comédien a rejoint l’aventure.
Pourquoi ce titre « Bestiaux » ?
Il suffit de voir les deux pour se rendre compte qu’il est bien question de bestiaux. J’aimais bien ce mot polysémique : en même temps des bestiaux d’hommes et un léger regard critique de bêtes à concours qu’on forme dans les centres de formation. Ça embrasse aussi cette question-là de ce qu’on fait du facteur humain dans ce sport qui fabrique des gladiateurs.
Parlez-nous du processus de création de cette pièce ?
Il y a d’abord eu une étape d’écriture avec Yann à l’oral et avec Yannick via l’écrit. Moi qui ne connaissais absolument rien au football, je me suis plongé dans l’histoire très particulière de Saint-Étienne et des Verts (maintenant je suis supporter des Verts, je regarde tous leurs matchs, j’ai chopé le virus). Ensuite, il y a eu assez vite un théâtre à Saint-Étienne qui nous a suivi et on a rencontré trois mécènes du bassin stéphanois qui nous ont permis de financer la création et de faire des résidences.
Parlez-nous de la distribution ? Deux anciens joueurs professionnels donc ?
Deux histoires différentes. Yannick Berthélémé a été jeune espoir à Clairefontaine, dans la promo de Thierry Henry, capitaine en équipe de France. Il aurait pu être sélectionné en 1998 pour jouer la Coupe du Monde. Mais il s’est fait les croisés, une première fois. Malgré cette blessure, il a quand même été recruté par Saint-Étienne. Et là, il s’est refait une deuxième fois les croisés. C’était terminé. Dans la pièce, Yannick joue son propre rôle et c’est sa première expérience d’actorat.
Yann Synaeghel a lui fait une carrière complète, mais dans l’ombre de son père, légende du club ayant fait partie de la grande épopée des Verts, Christian Synaeghel. Il a fait une année en Division 1, puis a vécu la relégation en Division 2. Ensuite il a fait des clubs de Division 2 et de national, mais il a fait une carrière complète. Yann ne joue pas son propre rôle. Il joue de la musique, parce qu’il est également musicien et à la fin, il récite un texte de son père. Il est joué et interprété sur le plateau par Arnaud Bichon, qui est un vieux camarade, un passionné de football et de théâtre.
Le fait qu’ils soient sportifs de haut niveau sur le plateau, ça change quelque chose. Chaque représentation, ils la vivent comme un match, une intensité dans le présent que beaucoup d’acteurs ont perdu. Et puis, quand une consigne est donnée, elle est très vite intégrée. Il n’y a plus personne aujourd’hui qui pourrait dire que ce sont des acteurs amateurs.
Pourquoi avoir choisi cette mise en scène ?
Ce dispositif permet d’avoir des points de vue différents sur un même match. La pièce est construite avec d’abord l’histoire de Yann, puis l’histoire de Yannick. Mais toute l’action se passe pendant le match opposant Saint-Étienne à Louhans-Cuiseaux le 3 avril 1998. Yann est présent sur le terrain, il met un but venu d’ailleurs, et Yannick assiste à la rencontre depuis son lit d’hôpital. J’ai repris la dramaturgie du match. Mais ce que permet le théâtre, c’est qu’à un moment donné, la magie fait que ça fusionne et qu’ils sont tous les deux sur le terrain.
Si vous deviez résumer Bestiaux en un mot ?
C’est un spectacle qui raconte que ne pas gagner ne veut pas forcément dire perdre. C’est un spectacle de foot qui est fait pour rendre la vie plus importante que le foot.
Si vous deviez définir le théâtre en un mot ?
Yannick résume bien le théâtre : c’est un jeu où on perd ou on gagne tous ensemble. Ça reste un match, mais si on perd, tout le monde perd et si on gagne, tout le monde gagne. C’est assez joli.
