Une prouesse théâtrale déroutante

Publié par Paolo le 19 décembre 2025

C’est en 1667 que Racine met en scène Andromaque. Une œuvre forte et dramatique qui mêle passion, jalousie et destruction dans la Grèce antique.

Cette tragédie en 5 actes raconte le dilemme d’Andromaque. Celle-ci souhaite protéger son fils Astyanax, de la mort, en acceptant de se marier avec Pyrrhus, le roi Grec qui l’a fait prisonnière. Mais elle veut rester fidèle à Hector son époux, mort au combat face à Pyrrhus. Hermione promise à Pyrrhus est folle de jalousie, face à cette nouvelle rivale, bien malgré elle. Oreste lui est amoureux d’Hermione. Sur fond de relations amoureuses à sens unique, de tensions et de manipulations, c’est un enchaînement de drame qui va plonger les protagonistes vers la mort ou la folie.

C’est dans cette tragédie que nous entraîne ce soir à Guéret, la metteure en scène, Nadège TARAVALLIER en nous invitant dans un décor à la fois minimaliste et original à prendre toute la mesure de la pièce de Racine pendant 1h25. Quand on entre dans la salle, nous sommes surpris de n’avoir comme décor qu’un portant avec quelques costumes, un micro du côté cour et une imposante batterie du côté jardin.

Avant de commencer, la metteure en scène explique le contexte de la pièce. Il a été fait le choix audacieux, de faire jouer tous les personnages de la pièce par la comédienne Florence COUDURIER. Un défi pour la comédienne qui a toujours voulu mettre en scène cette tragédie, qui a accompagné sa vie et reste son socle dans son parcours de comédienne (comme elle le dit elle-même dans sa présentation).

Rapidement, l’ambiance est posée, le batteur, Denis BARTHE, entame sur scène, un morceau puissant et fort à la batterie, la comédienne arrive blouson de cuir, tee-shirt sombre et jean, le regard fixe sur les spectateurs, donnant déjà un air tragique et conflictuel à la pièce, les marqueurs de Racine. Elle arrive sur scène pour interpréter Oreste. Le regard est dur, l’attitude fermée. Son premier personnage masculin est empreint de colère. La batterie ajoute une puissance et une émotion au contexte. La tragédie de Racine prend sa place dans un environnement contemporain. Chaque alexandrin est décomposé méthodiquement par la comédienne. La diction est claire et l’intonation donne une ambiance particulière à la pièce. Puis vient le personnage de Pylade, accroupi. Tout au long des scènes et des actes, les personnages se succèdent. Une attitude, un vêtement, un accessoire, permettent de distinguer les personnages. Oreste au blouson de cuir, Hermione en longue robe noire, Pylade accroupi, Andromaque avec une jupe colorée, le roi Pyrrhus et sa couronne. Pour le personnage du roi Pyrrhus, l’intensité du personnage prend toute sa dimension avec l’utilisation du micro. La batterie joue un rôle essentiel dans la mise en scène car elle ponctue les scènes et les actes. Parfois même, elle est partie intégrante dans les échanges entre les personnages, comme entre Oreste et Pylade. Denis BARTHE se sert également d’un synthétiseur pour apporter de la douceur et du mystère avec le personnage d’Andromaque. La mise en scène, joue aussi avec les jeux de lumières, les ombres et la fumée qui ajoutent le contexte de tension si chère à Racine.

Sans dévoiler la tragédie de Racine, pour ceux qui veulent la découvrir, on ressort de cette pièce avec un sentiment partagé. La comédienne vit ses personnages avec une intensité forte et passe d’un personnage masculin à un personnage féminin avec une certaine aisance dans sa gestuelle et ses postures. Le batteur survolté (parfois trop) apporte une dimension importante dans la mise en scène. Il est selon moi, à noter que le début de la pièce est déroutant dans la succession de personnages joués par une seule comédienne. Un temps d’adaptation est nécessaire pour se mettre dans le contexte de la pièce. Seulement, le texte avance et le fil peut être facilement perdu, si nous ne détectons pas rapidement l’enchaînement des personnages. Bien que la mise en scène soit contemporaine, le texte originel en alexandrin est un vrai plus pour garder la magie de la tragédie de Racine. La pièce met en valeur des thématiques encore bien présentes dans notre société moderne, comme les relations amoureuses difficiles, le consentement, la jalousie, le suicide. Un univers sombre mise en valeur par une excellente comédienne aux multiples visages.

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