Un spectacle qui ne laisse pas indifférent

Publié par Paolo le 27 janvier 2026

C’est en 2019 que Boris Vigneron commence à écrire sa pièce Canopée, sur une prise de conscience de sa femme, sensibilisée, sur le réchauffement climatique et les valeurs d’écologie plus largement. La période du COVID 19 passant par-là, le projet n’a vu le jour définitivement qu’au Festival OFF d’Avignon en 2022. La pièce rencontre un franc succès du public, ce qui permet à l’auteur de présenter sa pièce 143 fois dans toute la France avant de venir sur Guéret le jeudi 15 Janvier 2026.

C’est à l’Espace André LEJEUNE que se joue la pièce. Les Guéretois répondent présents et la salle se remplie rapidement. L’accueil se fait au son d’une musique d’ambiance où les bruits de la nature y sont prédominants. Le rideau s’ouvre, la scène laisse apparaître une structure en forme de cube composée de tubes de métal. De chaque côté une table, avec des instruments électroniques, des enceintes, de nombreux spots. Sur le côté de la scène un énorme fauteuil. Le décor est planté. Le personnage de Norenjiv entre en scène accompagné par une musique puissante et de la fumée d’ambiance, les lumières entrent en action et la scène se colore. Le personnage est excentrique, issu du star-system. Une sorte de Johnny DEPP dans Alice au pays des Merveilles de Tim Burton, chapeau noir haut de forme vissé sur la tête, cheveux longs, veste rouge en forme de queue de pie, cravate, pantalon noir et bottines. Le ton est donné, le concert commence. Une première chanson en anglais est interprétée par le comédien. Le rythme est là, Norenjiv tape sur son haut-de-forme connecté, pour modifier techniquement les rythmes de sa chanson. Il en impose, il est sûr de lui, son égo prend le dessus. Il fait une incursion dans le public, avec pour objectif de le séduire et plus particulièrement une spectatrice, qu’il fait monter sur scène. La scène est sans équivoque, le comédien est dans la séduction. Tous les ingrédients d’un concert sont posés. Les spectateurs sont plongés dans le rythme donné par le comédien et suivent amusés les déplacements de hautes voltiges dans la structure métallique. Puis un problème technique survient. Le son de sa voix est modifié, les instruments électroniques semblent dysfonctionner les uns après les autres, un technicien prénommé Louka vient sur scène. Un blanc s’installe. Un dialogue chuchoté entre le technicien et le comédien met le spectateur dans un état transitoire qui oscille entre désir de rire ou incompréhension. Pour préserver la mise en scène et laisser le plaisir au public de découvrir le côté comique du spectacle, je ne développerai pas sur la transformation physique du comédien. Mais elle est bien là et donne à la pièce une autre dimension. Un tournant irréversible pour le comédien. Puis on bascule rapidement dans un changement de ton et de discours. Il se fait plus intimiste, plus politique, tournée vers le public, le temps que les problèmes techniques se résolvent. Mais il perd pied, s’interroge sur le sens de la vie, fait part de ses états d’âmes. Les techniques modernes tombant en panne en cascade, ils sont remplacés peu à peu par des moyens musicaux plus traditionnels. Libéré des technologies modernes, il poursuit son spectacle avec une guitare, un mélodica. Un simple tableau avec une craie est l’occasion aussi d’exprimer en rythme sa créativité musicale. C’est un premier retour aux sources. Le comédien interprète deux chansons engagée sur la prise de conscience de la surconsommation humaine, de notre responsabilité dans le réchauffement climatique et de la déshumanisation de nos sociétés. Malgré les interventions de Louka pour demander au comédien de poursuivre son spectacle musical, Boris Vigneron s’enfonce de plus en plus dans une forme de colère envers lui, envers la société, et même envers son technicien. Il détruit, ce qu’il reste à détruire sur scène. Il se transforme peu à peu, redevient animal au sens figuré comme au sens propre. Dans cette troisième phase, c’est un spectacle zoomorphe magnifique qui s’offre au public. Le comédien redevient tour à tour chien et primate. Il bondit sur la structure métallique, hurle, gesticule, marche sur la scène dans un ballet merveilleux d’une éblouissante justesse et tout en souplesse. La scène devient un champ de foire où toutes sortes de matériels jonchent le sol, avec en prime la chute d’un spot lumineux. Le monde technologique et illusoire s’est écroulé. Puis vient pour lui, le temps d’éteindre ce monde pour revenir aux sources. C’est au primate que revient cet honneur de couper le courant à ce monde, représenter par un énorme disjoncteur. Cette pièce en 3 actes, formidablement interprété par un Boris Vigneron plein de fougue, de brio, de poésie, laisse le spectateur dans une réflexion philosophique sur les thèmes de l’écologie, qui interrogent dans les inconscients. Même au moment d’écrire cette critique, j’ai le sentiment encore de m’interroger sur notre place dans cette société. On en ressort déboussolé de prime abord, par cette incursion politique dans le discours, mais grandit par la réflexion. Cette pièce est écrite certes avec beaucoup d’humour, ce qui la rend attrayante, mais elle est utile. Ce qui laisse parfois le spectateur dans une sensation inconfortable entre rire et sensibilité politique.

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