Originellement conceptualisé en 2019, Le spectacle de Boris Vigneron ‘Canopée’ a fait sa première en 2022 au festival d’Avignon en Off et en est maintenant à sa 143ème représentation, un exploit qui n’est certainement pas dû au hasard.
Si le spectacle se présente initialement comme un concert électro, ce n’est qu’une des nombreuses formes que celui-ci prend, si bien qu’il est difficile de le classer dans une catégorie spécifique.
Le spectacle débute avant même que les rideaux ne se soient écartés avec des grondements de tonnerre, cris d’animaux et autres bruissements végétaux. Une brume d’intrigue tombe lentement sur le public alors que les lumières s’amenuisent, que les rideaux s’ouvrent sur un décor assez minimaliste, étant composé d’une structure métallique, de matériel musical et d’un sofa au motif léopard.

Chaque chapitre met la lumière sur une nouvelle facette de sa personnalité permettant d’explorer les thèmes sous diverses ambiances et points de vue.
de celle de Norenjiv, cette sorte de rock star imbue de son art et de lui-même, à Boris son acteur, surmené par la montagne qu’est devenue ce concert jusqu’à ce qui s’entrevoit dans les fissures. Mais quand bien même son équipement tombe en morceaux et que la communication avec son technicien Lucas devient difficile, il s’efforce de délivrer son message, peu importe dans quelle enveloppe il le livre, révélant une profonde sincérité qui tranche avec son précédent personnage.
Et même si son honnêteté est empreinte d’humour on ne peut s’empêcher de réfléchir.
Une musicalité omniprésente
Une chose reste présente malgré le chaos : c’est la musique. Une musicalité omniprésente. Il s’agit d’un concert, après tout. Elle accompagne les paroles et ajoute une dimension supplémentaire au spectacle qui est très bien maîtrisée, remplie d’idées avec une exécution à la hauteur de la part de Boris Vigneron.
Des musiques qui reflètent bien la progression de l’histoire, se dépouillant progressivement au fur et à mesure que le récit avance, forçant Boris a improviser avec ce qu’il a sous la main, créant des compositions variées et créatives, souvent à l’aide d’un looper, l’un des rares équipements à ne pas l’avoir lâché.
Il y a de tout, et ça parvient à rester cohérent, autant avec elle-même qu’avec la mise en scène, s’entrelaçant naturellement aux événements et jeux de lumières.
Quant au décor, il est essentiellement composé d’installations, elles sont plus utilisées pour la gymnastique que pour réellement instaurer une ambiance visuelle, ce travail là étant surtout réservé à l’éclairage qui prend une place importante pour l’immersion en créant du contraste et de la couleur. Que ce soit en nous bombardant d’effets lumineux ou en nous laissant dans la pénombre, ils aident à former un microcosme et à nous rapprocher de Boris en reflétant ses état d’âme.
Tout cela est accompagné par un jeu d’acteur convaincant et des prestations physiques impressionnantes qui passent de la danse à l’imitation de divers animaux, certaine d’un réalisme bluffant démontrant une réelle compréhension et une grande maîtrise de son corps.
Mais elles ne sont pas simplement là pour décorer. Ses imitations sont essentielles pour transmettre proprement le message, le spectacle n’aurait pas le même poids sans elles.
Chaque élément de mise en scène semble être comme une extension du personnage, dévoile des facettes du personnage qui ne sont pas forcément exprimées à voix haute.
Boris nous partage ses expériences et ses avis sans nous les imposer, son spectacle nous tend la main et nous invite à nous questionner aussi facilement qu’il nous fait rire. Il nous donne assez d’outils pour pousser la réflexion du moment que l’on a envie de cogiter.
Il y a une véritable connexion qui se forme avec Boris alors qu’il se démène à exprimer ces pensées.
Si l’on peut qualifier ‘Canopée’ d’une chose, c’est qu’il est surprenant.
Les événements s’enchaînent avec fluidité et sens, rien n’est introduit sans raison.
Ce qui en résulte est un spectacle compact, drôle et impactant.
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